Eradiquer le VIH/SIDA d'un organisme infecté: espoirs et fausses pistes

Eradiquer le virus du SIDA chez les 34 millions de personnes infectées dans le monde est une hypothèse de travail sérieuse. Le Professeur Alain Lafeuillade, Chef de Service de Maladies Infectieuses au Centre Hospitalier Général de Toulon, Professeur Associé à l'Université du Maryland dans le laboratoire du Professeur Robert Gallo qui a démontré dès 1984 la relation causale entre le VIH et le SIDA, membre du comité scientifique de l'atelier de travail "Towards a Cure" qui aura lieu les 20 et 21 Juillet prochains à Washington sous l'égide de l'International AIDS Society (IAS) et dirigé par le Professeur Françoise Barré-Sinoussi, Prix Nobel de Médecine en 2008 pour la découverte dès 1983 du VIH, nous fait part de ses espoirs et de ses doutes sur les stratégies à explorer.

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Comment Parvenir à éradiquer le VIH?

Purger les réservoirs ou cibler le corécepteur CCR5 ne seront pas les stratégies de guérison du VIH de demain

Toulon, Var (PRWEB) 25 Juin 2012

"Les budgets pour ce type de recherche restent limités, déclare le Professeur Lafeuillade, mais l'attente des patients est énorme, c'est pourquoi plus que jamais nous n'avons pas le droit à l'erreur.
C'est à la lecture de 2 articles de vulgarisation parus ces jours ci dans "Pour La Science " (n°417, Juillet 2012) que ses inquiétudes ont fait jour.
"On ne peut pas laisser penser au public que les choses sont si simples et si avancées que cela" déclare le praticien.

La première stratégie évoquée s'attaque à un corécepteur du VIH nécessaire à l'infection des cellules par ce virus: le CCR5. La technologie utilisée est très lourde, incapable d'être généralisée à d'autres centres que les 3 laboratoires américains qui y travaillent, et non sans risques (cancers à long terme notamment). Cette stratégie est poussée par le laboratoire pharmaceutique qui l'a imaginée et qui s'inquiète plus de ses financements que de ses aspects pratiques et scientifiques.
Elle repose sur le cas unique, isolé, et exceptionnel du "Patient de Berlin" chez lequel, nous dit on, le VIH a été définitivement éradiqué. Or, on sait, depuis le 8 juin dernier que le VIH persiste à bas bruits chez ce patient: http://www.hiv-reservoir.net/index.php/the-news/226-the-weird-story-of-the-berlin-patient.html
De plus, outre les souches utilisant le corécepteur CCR5, il en existe d'autres utilisant le CXCR4 qui sont insensibles à cette stratégie.

Le deuxième article vante la stratégie de "purge" des réservoirs VIH. Il s'agit de faire cracher le VIH dormant dans les cellules mémoires, pour peu à peu les éliminer. Mais en pratique, tous les essais menés à ce jour ont été un échec (Acide valproïque, vorinostat) car il n'y a pas un mais des réservoirs cellulaires, et chaque produit, qui de plus a une action faible, n'est pas capable d'atteindre toutes ces cellules réservoirs. "Je pense, en particulier, aux macrophages" déclare le Professeur Lafeuillade. "Il a récemment été démontré à la dernière conférence américaine sur le SIDA en Mars 2012 que ces cellules dans lesquelles le VIH avait été réactivé n'étaient pas éliminées par le système immunitaire", souligne le praticien: http://www.hiv-reservoir.net/index.php/the-news/219-back-from-2012-croi.html

De plus, comme les antirétroviraux sont incapables d'empêcher la transmission directe du VIH d'une cellule infectée à une cellule saine (http://www.nature.com/nature/journal/v477/n7362/full/nature10347.html), réactiver les réservoirs constitue un réel danger.
"N'oublions pas que dans la plupart des cas nous avons à faire à des patients en bon état général sous trithérapie, et que nous ne pouvons pas de façon éthique les soumettre à de tels risques" souligne le chercheur.
"La voie qui me paraît actuellement la plus sage est celle qui cherche à laisser dormant à vie le VIH dans les chromosomes des malades, sans qu'il ne puisse jamais se réactiver" ajoute t il. "Le génome des mammifères contient ainsi des séquences (6% de notre génome) de rétrovirus ancestraux qui ont été acquises il y a plus de 100 millions d'années et restent là, contrôlés, sans nous causer de pathologies particulières. "C'est cette voie qu'il faut privilégier, s'attaquant plus à la biologie cellulaire qu'au VIH lui même si l'on ne veut pas à nouveau décevoir nos patients comme nous l'avons fait dans la recherche d'un vaccin contre le VIH" conclue le Professeur Lafeuillade. "Je participe à plusieurs groupes de travail d'industriels pharmaceutiques qui développent de telles voies d'approche révolutionnaires, et c'est vers ces stratégies que mon espoir de guérison se tourne"


Contact

  • Alain Lafeuillade
    Service des Maladies Infectieuses
    0494145084
    Email
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